Isabelle Terrisse

Le thème qui m'oriente est l'identité : sa trace, son empreinte, sa présence, sa perte et le témoignage de sa fragilité. Cette identité au sens large du terme car elle s'applique autant à l'individu qu'à un matériau industriel, un végétal voire un animal.
Mon travail consiste à transformer, détourner, décaler jusqu'à la perte de l'identité d'origine. Je procède à des translations, des mutations et expérimente la transition d'un état à un autre par simple déplacement du contexte. Dans ce nouvel état, les constituants d'origine sont méconnaissables et deviennent "autre".
 
Ces mutations sont produites par deux voies techniques :
 
- Par l'assemblage d'un même matériau (disponible en grande quantité) tout en maintenant son intégrité. Le matériau est transposé, vecteur d'une intention. Je vais de la simplicité de l'élément à la complexité du produit fini, du fonctionnel au fictif, du connu à l'inconnu, du multiple à l'unique.
De formation scientifique (docteur en chimie),  j'utilise en sculpture la même démarche qu'en formulation qui est "la fabrication d'un matériau homogène, stable possédant des propriétés finales particulières" en combinant des ingrédients et en les forçant à s'associer. Chaque nouveau matériau nécessite une étape d'apprivoisement au cours de laquelle j'applique une pratique artisanale au matériau industriel sans l'altérer, ni le modifier.: collage de verre, tissage de boutons, amidonnage de dentelle, pixellisation d'images, pliage de papier,...
Par exemple, j'utilise le verre en assemblant des lames de microscope. Ces lames sont produites pour maximaliser la vision, aider à l’observation et « faire la mise au point ». Je détourne leur fonction  première et m'en sert pour désorienter la vision. En  travaillant sur la tranche des lames et en les orientant verticalement, des anamorphoses se forment : coloration changeante, effet d'hologramme, disparition de l'image.
 
- Par le moulage qui est la reproduction d'une forme en plusieurs exemplaires dans un autre matériau. Je la détourne et recherche à faire des erreurs lors de cette transition du modèle, tout comme cette enzyme l'ANRase qui synthétise en faisant des erreurs et donc provoque des mutations lors de la transcription de l'ARN à l'ADN. Par la répétition, la reproduction, le modèle d'origine est modifié en de nouvelles images, de l'unique au multiple.

Isabelle Terrisse